Baya (1931–1998) transforme la nature morte en une virtuosité de natures vivantes, élaborant un langage pictural autonome dans lequel les éléments ne sont jamais isolés, mais inscrits dans un même champ relationnel. Fleurs, oiseaux, fruits et instruments de musique cohabitent au sein de compositions construites par la couleur et la forme, sans hiérarchie ni perspective illusionniste.
À distance de la tradition européenne de la nature morte, codifiée dès le XVIIᵉ siècle autour d’objets figés et de significations symboliques liées à la vanité et au temps qui passe, l’œuvre de Baya se déploie selon une logique de circulation. Les motifs ne cherchent pas à être représentés, mais à coexister. Instruments de musique, faune et flore composent un ensemble organique, sans centre ni périphérie, où l’image se maintient dans un état de tension et d’équilibre.
Réalisées entre 1946 et 1998, ces œuvres témoignent d’une liberté plastique singulière. La répétition des formes, la variation chromatique et l’instabilité des plans structurent la composition. La couleur y agit comme un principe autonome, non descriptif, issu d’un imaginaire, d’une mémoire et d’une modernité algérienne.
Le vocabulaire plastique de Baya est profondément musical. Les instruments — flûtes, tambours, luths — ne s’imposent pas comme des objets distincts, mais comme des présences intégrées au tissu visuel, introduisant un rythme interne et une poétique du mouvement qui animent la surface picturale. L’œuvre ne suggère ni disparition ni finitude, mais une présence continue, affranchie du memento mori qui a longtemps structuré le genre. Une dimension spirituelle s’en dégage, sans emphase ni symbolisme explicite.
À la Grande Mosquée de Paris, l’exposition adopte un accrochage non chronologique, pensé en dialogue avec l’architecture patrimoniale du lieu. Les moulures, zelliges et boiseries sculptées prolongent la vitalité des compositions et en intensifient la perception.
Dans cet espace de résonance entre l’œuvre et le lieu, et tout devient couleur.
Commissaire d’exposition : Yasmine Azzi-Kohlhepp
